Une injonction de Monsanto “ordonne” à Avaaz de lui remettre toute ses communications
Emma Ruby-Sachs, vice-directrice d’Avaaz: “Monsanto est célèbre pour ses tactiques d’intimidation, mais ils s'en prennent aujourd'hui à un mouvement de près de 50 millions de personnes qui va riposter.”
New York, NY — Le mouvement citoyen international Avaaz a reçu une injonction juridique de 168 pages ("subpoena") lui intimant de remettre à Monsanto l’équivalent de presque une décennie de communications internes liées aux campagnes, ainsi que des données personnelles de ses sympathisants. Avaaz, qui est suivie par près de 46 millions de personnes partout dans le monde, a pris la tête d’un mouvement demandant la régulation du glyphosate, des États-Unis à l’Union européenne. Le glyphosate est le pilier de l’empire chimique de Monsanto, dont la valorisation boursière atteint 50 milliards de dollars. Les membres d’Avaaz se sont prononcés en faveur d'une riposte à cette injonction et participent au financement de la défense.
L’injonction, formulée au nom de Monsanto, est d’une portée considérable. Elle comprend l'ensemble des emails internes, documents de travail et enregistrements d'Avaaz ayant trait à Monsanto ou au glyphosate, y compris les noms et les adresses mail des sympathisants d’Avaaz signataires de pétitions au sujet de Monsanto. Cette injonction vise spécifiquement plusieurs campagnes d’Avaaz: en 2017 d'abord, la mobilisation du mouvement ayant permis d'amener l’Union européenne à refuser le renouvellement de l’autorisation du glyphosate pour 15 ans supplémentaires; en 2013 ensuite, la campagne ayant empêché avec succès une usine de Monsanto destinée à produire des semences génétiquement modifiées de s'implanter en Argentine; enfin la campagne toujours active tentant de bloquer la fusion entre Monsanto et Bayer.
Monsanto est connue pour poursuivre ses détracteurs en justice. En 2017, la multinationale a attaqué l’État de Californie pour sa décision d’inclure le glyphosate dans la liste nationale des produits connus pour causer le cancer. La même année, Monsanto a attaqué le Bureau de l’agriculture de l’Arkansas (Arkansas Plant Board) suite à sa proposition d’interdire son herbicide Dicamba, après que des dégâts aux cultures lui aient été imputés.
L’injonction a été émise dans le cadre de l’affaire Peterson v. Monsanto Co., instruite devant le tribunal de St. Louis (Circuit Court of St. Louis) dans le Missouri. Deux personnes avancent que leur exposition au Roundup, un produit de Monsanto contenant du glyphosate, serait responsable de leur lymphome non Hodgkinien. Toutes les campagnes de plaidoyer d’Avaaz sur le glyphosate ont eu lieu après que les plaignants aient cessé d’utiliser du Roundup et aient été diagnostiqués un cancer.
Avaaz est représentée par le cabinet new-yorkais Emery Celli Brinckerhoff & Abady, LLP (et notamment par Andrew G. Celli, Jr et Douglas Lieb).
Voici la réaction d’Emma Ruby-Sachs, vice-directrice d’Avaaz, en réponse à l’injonction.
“Avaaz a remporté des victoires contre Monsanto en Europe et en Argentine, alors ils nous traînent devant les tribunaux américains. Monsanto est célèbre pour ses tactiques d’intimidation mais cette fois-ci, ils s'en prennent à à un mouvement de près de 50 millions de personnes qui va riposter.
Imaginez un monde où, chaque fois que vous demandez à votre gouvernement de réguler une entreprise parce que la science montre que ses produits rendent les gens malades, cette entreprise peut vous forcer à révéler tout ce que vous et vos amis ont jamais dit ou écrit à leur égard. C’est ce monde que Monsanto essaie de créer.
Des millions de personnes tout autour du monde sont sincèrement inquiètes de savoir que le glyphosate nous rendrait malades, nous et notre environnement. C’est la seule raison pour laquelle nos membres ont demandé aux gouvernements de le réguler, sur la base de conclusions scientifiques indépendantes. Nous n’allons pas laisser cette attaque en justice ralentir une seule seconde cette tâche essentielle.
Nous sommes convaincus que la demande d'accès de Monsanto à toute notre communication interne vient en complète violation du Premier amendement [de la Constitution des États-Unis] — ils exigent même les adresses mail de centaines de milliers de membres d’Avaaz! Par dessus tout, cela n’a rien à voir avec l’allégation de Ronald Peterson et de Jeff Hall selon laquelle les produits de Monsanto auraient été responsables de leur cancer.”
FIN