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Lundi 15 juillet 2013

5 raisons pour lesquelles la Birmanie pourrait devenir un nouveau Rwanda

** Plus d'un million de citoyens demandent au Royaume-Uni et à la France de soutenir un plan de paix en quatre mesures avant la visite de Thein Sein **

Alors que le président birman Thein Sein s’apprête à rencontrer David Cameron et François Hollande à partir du dimanche 14 juillet, l’organisation mondiale Avaaz signale cinq facteurs avant-coureurs indiquant que la Birmanie présente « les signes qui ont annoncé le génocide au Rwanda », et appelle à une action immédiate.

Ahamed Jarmal, Secrétaire général de l’organisation birmane des Rohingyas au Royaume-Uni, déclare :« On nous tue à la machette, on nous brûle vifs dans nos maisons et on nous chasse de chez nous. La seule manière d’arrêter un génocide, c’est d’intervenir en amont pour empêcher qu’il ne se produise. Avant de signer des contrats, David Cameron et François Hollande doivent demander aux généraux de ne pas rayer les Rohingyas de la carte ».

Les parallèles avec le Rwanda sont nombreux. Des centaines de Rohingyas ont déjà été tués et 140 000 déplacés ; les extrémistes les qualifient de « chiens » et de « sous-hommes ». Le régime de Thein Sein échoue à arrêter ces agressions et y même participe. Aujourd’hui le racisme et l’incitation à la violence atteignent des sommets : Facebook et les monastères sont devenus des forums de fanatiques radicaux qui attisent la haine.

Ricken Patel, Directeur exécutif d’Avaaz, a déclaré : « Vingt ans après le Rwanda, les signes annonciateurs d’un nouveau massacre à grande échelle sont juste devant nos yeux. Les agressions sur les Rohingyas et les autres musulmans relèvent de l’épuration ethnique et devraient tirer la sonnette d’alarme partout. François Hollande a la responsabilité d’user de sa puissance diplomatique pour obtenir que le président Thein Sein protège ces groupes par des mesures réelles et concrètes. Il doit faire passer les vies humaines avant les négociations commerciales. »

Alors que le président birman s’apprête à visiter Londres et Paris cette semaine, plus d'un million de personnes dans le monde ont signé la campagne d’Avaaz adressée au premier ministre David Cameron et au président François Hollande. Ces deux chefs d’État et de gouvernement doivent exiger de Thein Sein qu’il s’engage à prendre des mesures concrètes pour arrêter la violence qui se propage dans le pays, au lieu de se contenter de signer des contrats commerciaux.

Ce lundi 15 juillet à Londres, Avaaz manifestera avec des militants birmans et placera un champ de pierres tombales portant le message « Birmanie : le nouveau Rwanda ? » pendant que David Cameron accueillera Thein Sein à Downing Street pour des négociations. Avaaz interpellera également François Hollande dans le cadre d’une conférence de presse mardi 16 juillet à Paris et d'une action médiatique le mercredi 17 juillet.

5 parallèles entre la Birmanie et le Rwanda :

1. Citoyens de seconde classe et ségrégation

  • En Birmanie , la minorité musulmane Rohingya n’a pas le droit à la citoyenneté birmane. Dans deux municipalités-clés, les couples Rohingyas n’ont pas le droit d’avoir plus de deux enfants. Les groupes de défense des droits humains ont relevé des discriminations religieuses et ethniques systématiques et les Rohingyas sont victimes de travail forcé, de persécutions religieuses, de chantages et de restrictions liées au mariage. Selon l’ONU, c'est l’un des groupes les plus opprimés du monde.
  • Au Rwanda, les quotas limitant à 10 % les Tutsis à l’école, à l’université et lors du service civil, leur exclusion des partis politiques et leur licenciement des postes à responsabilité ont divisé la société selon des critères ethniques, qui ont créé les conditions nécessaires à un génocide.

2. Une poudrière issue de décennies de discriminations

  • En Birmanie, après des dizaines d’années de persécutions contre les Rohingyas, les violences collectives de juin 2012 ont rapidement laissé place à des attaques planifiées et systématiques. Des agressions de la part de groupes violents dans l’état de Rakhine ont fait 100 000 déplacés, près de 200 morts et détruit plus de 8 600 maisons selon des chiffres officiels .
  • Les incitations à la violence et à la haine sont restées sans réponse de la part des autorités ou de la communauté internationale et cette année, les violences s’étendent au pays tout entier, dans les États Shan et Karen. Les tensions atteignent un pic à Rangoun et Mandalay, les deux plus grandes villes birmanes, comptant un nombre significatif de musulmans.
  • Au Rwanda, les tensions ethniques et les violences entre Hutus et Tutsis se sont accumulées pendant des dizaines d’années. Un événement déclencheur, l’assassinat du président rwandais Juvénal Habyarimana, a déchaîné de violentes réactions qui ont tué des centaines de milliers de personnes en une centaine de jours.

3. Participation et complicité de l’État

  • En Birmanie , la police, les forces de sécurité et des membres du ‘Parti pour le développement des nationalités rakhines’ ont été impliqués dans des incitations à la violence, des attaques, des meurtres et des viols, des détentions arbitraires et des tortures contre les Rohingyas, selon le rapport de Human Rights Watch.
  • Le chef religieux du mouvement extrémiste bouddhiste 969, Ashin Wirathu, a récemment fait la une du magazine Time et a été défendu par des responsables politiques haut placés, comme le ministre des Affaires religieuses et le président Thein Sein .
  • L’ONU a confirmé des informations indiquant l’implication de l’État dans les violences ciblant les musulmans dans le centre de la Birmanie et a déclaré n’avoir « absolument aucune preuve » que le gouvernement assumait sa responsabilité de protéger les minorités.
  • Au Rwanda , le génocide a été soutenu et coordonné par le gouvernement, de hauts fonctionnaires militaires et civils, et les médias de masse, qui ont mobilisé un groupe de 30 000 personnes nommé Interahamwe (ce qui signifie « ceux qui attaquent ensemble ») pour tuer les Tutsis à la machette et faire exploser les églises où ils trouvaient refuge.

4. Diffusion de messages racistes – « chiens » et « cafards » – incitant au massacre

  • En Birmanie , le président Sein a déclaré que «  les Rohingyas ne font pas partie des groupes ethniques birmans  » et des commentateurs qualifient les Rohingyas de « sous-hommes », de « virus » et de « chiens ».Wirathu et les mouvements racistes radicaux qui sont derrière ces violences savent exploiter les dernières technologies et utilisent les réseaux sociaux, des DVD et des prospectus pour diffuser leur message de haine dans tout le pays.
  • Au Rwanda , des messages de haine envers les Tutsis étaient diffusés publiquement sur la radio nationale ; les journaux liés aux responsables politiques et les entreprises liées au régime sont eux aussi devenus les porte-voix de la haine. Les Tutsis étaient qualifiés de « cafards ». Ces incitations à la violence ont constitué un facteur central dans la conduite de massacres.

5. Le monde ferme les yeux

  • En Birmanie , depuis que les élections ont remplacé la junte militaire par un gouvernement civil soutenu par l’armée, le monde s’attache à réintégrer la Birmanie dans la communauté internationale ; deux missions commerciales britanniques se sont rendues dans le pays au cours des derniers mois . Cet accueil chaleureux, cependant, a conduit la France et le Royaume-Uni à n’agir que très peu pour dénoncer la situation des Rohingyas. La tentative de l’ONU de convaincre le gouvernement birman de supprimer les législations discriminatoires envers les Rohingyas et de leur accorder la citoyenneté est restée quasiment sans réponse alors que les violences s’aggravaient et que les preuves indiquant une complicité de l’État commençaient à affluer.
  • Au Rwanda , un an avant le début des violences, l’Égypte et la France ont envoyé des caisses d’armes en dépit d’une rhétorique anti-Tutsi extrême et de massacres d’État dirigés principalement vers les Tutsis. Personne n’a pris en compte ces signaux d’alarme et la communauté internationale continuait de saluer les initiatives de réforme du gouvernement rwandais.

Avaaz appelle le premier ministre britannique David Cameron et le président français François Hollande à pousser le président Thein Sein à prendre les quatre mesures suivantes :

1. Accepter et pleinement coopérer avec la conduite d’une enquête internationale et indépendante avant la fin 2013. Cette enquête devra porter sur les violences visant les groupes musulmans et minoritaires, et évaluer les conditions de détention des prisonniers politiques ainsi que les allégations de torture.

2. Accorder la citoyenneté aux Rohingyas d’ici 6 mois. Le gouvernement birman doit réformer sa législation sur la citoyenneté pour qu’elle reflète les standards internationaux d’ici à la fin 2013. Entre-temps, il soit s’assurer que les droits humains de tous, citoyens ou non, soient respectés : liberté de mouvement, droits économiques, droit de se marier et d’avoir des enfants, accès à l’éducation.

3. Permettre un accès humanitaire immédiat et sans entrave aux camps de déplacés internes. Le gouvernement birman doit lever les restrictions d’accès des travailleurs humanitaires nationaux et internationaux aux camps de déplacés internes afin d’assurer sécurité et soins médicaux aux personnes qui y vivent, particulièrement à la veille de la mousson. Les médias devraient également pouvoir aller et venir librement dans le pays.

4. Autoriser l’installation d’un bureau permanent des droits humains de l’ONU : le président Thein Sein doit immédiatement respecter sa promesse d’autoriser l’installation d’un bureau du Haut-Commissaire de l’ONU aux Droits humains, selon les termes de sa promesse à Barack Obama en novembre 2012.

Au moment où la France et le Royaume-Uni cherchent à soutenir la transition démocratique en Birmanie par de nouveaux investissements et accords commerciaux, elles ne doivent pas oublier la responsabilité de l’État birman de protéger son peuple, ni la responsabilité qui incombe à la communauté internationale de venir en aide à ceux dont les États sont incapables ou réticents à leur offrir une protection. 

Cliquer ici pour retrouver la pétition d’Avaaz, forte d’un million de signatures : https://secure.avaaz.org/fr/burma_the_next_rwanda_loc/?slideshow

FIN

Avaaz est un réseau citoyen mondial de 24 millions de membres qui mène des campagnes visant à ce que les opinions et les valeurs des peuples influent sur les décisions mondiales. ("Avaaz" signifie "voix" dans de nombreuses langues). Nos membres sont issus de tous les pays du monde ; notre équipe est répartie sur 18 pays et 5 continents et travaille dans 19 langues. Pour découvrir certaines de nos plus grandes campagnes, cliquez ici ou suivez-nous sur Facebook ou Twitter.

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