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AVAAZ – COMMUNIQUE DE PRESSE

Jeudi 18 octobre 2012 – Pour diffusion immédiate      
 

Des militants et avocats syriens craignent au moins 28 000 cas de disparition forcée en Syrie


Des groupes de défense des droits humains opérant en Syrie estiment entre 28.000 et 80.000 le nombre de Syriens que le régime d’Assad a fait disparaître de force au cours des 19 derniers mois. Cette annonce coïncide avec la publication aujourd’hui par Avaaz de témoignages de proches qui ont vu leur mari, leur fils ou leur fille disparaître de force, victimes du régime.

Cette pratique est toujours d’actualité. Voici trois cas récents portés disparus, rapportés auprès d’Avaaz par des membres de leur famille :

  • Roula*, une habitante de Homs, a été kidnappée en septembre 2012 par des forces de sécurité alors qu’elle faisait ses courses ;
  • Mohammad Abdulrahman*, un militant pacifique de Homs, a été traîné hors de son domicile sous les yeux de sa femme et de ses enfants en bas âge, en septembre 2012 ;
  • Abu Yaser*, fermier, allait acheter du combustible de chauffage lorsqu’il a été enlevé à un poste de contrôle militaire, en août 2012.

Alice Jay, directrice de campagnes à Avaaz, a déclaré :« Les Syriens sont enlevés dans la rue par les forces de sécurité syriennes et les paramilitaires, puis on les fait "disparaître"dans des chambres de torture. Des femmes faisant leurs courses aux fermiers en quête de carburant, personne n’est en sécurité. Cela fait partie d’une stratégie visant à terroriser les familles et les habitants – la panique due au fait de ne pas savoir si votre mari ou votre enfant est en vie renforce tellement la peur que cela étouffe toute protestation. Ce qu’il est advenu de chacune de ces personnes doit faire l’objet d’une investigation et les responsables doivent être punis ».

En Syrie, des avocats des droits humains réputés ont établi des estimations du nombre total de disparitions forcées depuis le début du soulèvement en mars 2011.

·       Fadel Abdulghani du Réseau syrien pour les droits de l'Homme, qui a chiffré le bilan humain en Syrie depuis le début de la contestation, estime qu’au moins 28.000 personnes ont disparu et 18.000 d’entre elles aurait été identifiées via son réseau sur le terrain. Le Réseau a indiqué qu’il dispose d’informations sur les 10.000 autres, mais pas de leurs noms car les familles sont trop terrifiées pour les révéler.

·       Muhannad al Hasani, président de l'organisation syrienne pour les droits humains "Sawasya", lauréat du prix Martin Ennals et membre du Comité international des juristes, a indiqué : « D’après les informations qui nous sont transmises par nos contacts dans des villages à travers la Syrie, nous pensons qu’il pourrait y avoir 80.000 victimes de disparition forcée. Des gens sont kidnappés la nuit dans la rue, à l’abri des regards. »

·       Muhammad Khalil, un avocat des droits humains de Hassaka,a déclaré: « Bien que nous ne disposions pas de chiffres précis, des milliers de gens ont disparu depuis mars 2011. Le régime orchestre ces disparitions pour deux raisons : pour se débarrasser directement des rebelles et des activistes, et pour intimider les civils afin qu’ils ne s’opposent pas au régime. »

L’équipe d’Avaaz s’est entretenue avec de nombreux proches et amis des personnes victimes de disparition forcée, et transmettra leurs dossiers au Conseil des droits de l'Homme de l'ONU qui dispose d’un mandat pour enquêter sur ces abus.

Amer Abdullah, 32 ans, vient de Sinjar près de la ville de Ma’arat al Numan dans la province d’Idlib. Son frère Hisham a témoigné à Avaaz: « Mon frère n’était qu’un simple fermier avant le début de la révolution. Suite aux premières manifestations dans notre zone, les forces de sécurité nous ont réprimés et nous ont interdit l’accès à des produits de première nécessité sans lesquels nous ne pouvons pas vivre, surtout le fioul que nous utilisons pour nous chauffer. Mon frère a aidé à approvisionner les habitants du quartier en fioul depuis plusieurs stations essence. Le 18 février 2012, alors qu’il était en route vers une station essence pour en rapporter du fioul, il a passé un poste de contrôle militaire dans le quartier de Wadi al Daif, à l’est de la ville de Ma’arat al Numan, et s’est fait arrêter. Depuis, nous n’avons plus entendu parler de lui, sauf par l’intermédiaire de détenus libérés récemment. La dernière fois, c’était il y a 3 mois : on nous avait révélé qu’il était détenu dans la prison de Mazzeh, qu’il était faible physiquement et avait perdu beaucoup de poids. Nous ignorons toujours dans quel département de sécurité il est détenu. Nous n’avons pas osé nous y rendre pour nous renseigner à son sujet, de peur qu’on nous arrête. »

Anas al Shaghri, 23 ans, est un manifestant non violent que l’on a fait disparaître dans une zone rurale près de Baniyas, peu après le début des manifestations dans la ville. Son frère nous a raconté: "Le 14 mai 2011, mon frère s’est fait arrêter et a été remis après minuit à un homme à qui il faisait confiance. Il était censé le rencontrer pour qu’il lui trouve une autre cachette. Quand nous avons contacté cette personne, il nous a raconté: ''Oui, j’ai déféré Anas moi-même." Depuis, nous n’avons plus du tout eu de nouvelles de mon frère, si ce n’est qu’il a été détenu au Département 291 de la Sécurité d’Etat à Damas. Nous l’avons appris de l’un des détenus libérés récemment. Il nous a aussi révélé qu’Anas avait été placé en isolement et se faisait gravement torturer. Cela m’a laissé dans un tel état de désarroi et d’horreur à la pensée de mon frère que j’ai pleuré chaque jour rien qu’à imaginer ce qui avait pu lui arriver. À chaque fois que nous cherchons à en savoir plus sur Anas, ils nient qu’il a été détenu dans un de leurs départements de sécurité. Nous avons embauché un avocat à ce sujet, mais ça n’a rien donné. Ce qui fait que le cas d’Anas est unique, c’est qu’il a été l’un des premiers à appeler à des manifestations pacifiques à Baniyas. Il s’est servi de ses liens d’amitié et de sa personnalité charismatique pour inciter à manifester. Anas était aussi l’une des personnes les plus actives médiatiquement dans la ville de Baniyas, il était tout le temps en lien avec plein de médias ; ça a conduit les forces de sécurité et les "Shabihas" à le détester et à lui en vouloir encore plus.''

Hussein Eisso, 62 ans, militant kurde de Syrie, a été emmené hors de chez lui à 2 heures du matin le 3 septembre 2011 par le service de renseignements de l’armée de l’air, dirigé par le général Jamil Hassan. Son frère Bashar, qu’Avaaz a pu filmer chez lui à Paris, nous a raconté : « Mon frère se rendait chez lui lorsqu’il s’est fait arrêter par des agents de sécurité. Il s’était fait arrêter deux semaines plus tôt pendant une journée, après sa tentative de mener un sit-in en face du tribunal de Hasaka. Il était en discussion avec le Procureur général au sujet de la libération de quelques militants. Eisso a dévoilé plus tard sur Al-Arabiya que le Procureur général lui avait rétorqué qu’il n’était pas arabe et par conséquent que cela ne le regardait pas. Eisso lui avait alors répondu: « Je suis Syrien et c’est suffisant ». Mon frère a été transféré vers plusieurs services de renseignements en Syrie et il n’a jamais été relâché à cause de son refus de signer une déclaration de remords. Hussein souffre de problèmes de santé et d’une maladie cardiaque. Il a absolument besoin de médicaments, mais les forces de sécurité n’ont pas autorisé sa famille à lui en apporter. Nous avons découvert qu’il a récemment souffert d’un accident vasculaire cérébral qui l’a mis dans un état de paraplégie. Sa famille est dans un grand état d’anxiété, surtout depuis que sa santé s’est sérieusement dégradée. Nous craignons pour sa vie. »

Ahmad Ghassan Ibrahim est un jeune homme de 26 ans du village de Qala’at al Hosn, situé en banlieue de Homs. Sa mère, Ms Fayzeh al Masri, a indiqué : « Le 27 février 2012, mon fils a roulé en voiture de Qala’at al Hosn à la ville de Talkalakh. C’est là que nous avons perdu tout contact avec lui, jusqu’à ce qu’il appelle sa tante à 22h30 d’un autre numéro que le sien. Il lui a dit qu’il se rendait à Homs et demandé de ne pas essayer de le joindre, que ce soit à son numéro ou au numéro duquel il appelait. Nous avons quand même essayé de le joindre, en vain. Plus tard, nous avons découvert que ce numéro inconnu appartenait au département de la sécurité militaire de Homs. Nous n’avons pas baissé les bras et l’avons sans cesse appelé sur son portable. Nous avons demandé des nouvelles de lui à tous les départements de sécurité, sans résultats. Et il y a un mois et demi, lorsque nous l’avons appelé sur son portable, quelqu’un a répondu et a dit qu’Ahmad avait été tué par un des snipers du régime et enterré à Rastane, mais nous n’étions pas en mesure de confirmer cette information. Nous sommes très inquiets depuis 6 mois. Nous sommes certains qu’il ne nous aurait pas quittés, ni sa femme – qui d’ailleurs attend des jumeaux. Nous voulons seulement savoir ce qu’il est devenu."

Mais*, dont le mari Anas* a été victime de disparition forcée à Talkalakh en février dernier, a été filmée par Avaaz et nous a confié : « Les enfants ont besoin d’un père dans leur vie. C’est difficile de s’y faire. J’ai eu énormément de mal à leur expliquer son absence. Ils me demandent toujours « Où est papa? Qui est-ce qui l’a emmené? » Et je ne sais pas quoi répondre. Je suis obligée de leur mentir. Je leur dis qu’il est au boulot et qu’il va bien. »

Avaaz a fait campagne pour contribuer à mettre fin à la crise syrienne depuis avril 2011. L’organisation a formé un réseau de journalistes citoyens (formation aux techniques éditoriales et médiatiques ainsi qu’aux premiers secours) et leur a fourni des caméras, des ordinateurs portables et du matériel satellite pour leur permettre d’envoyer aux médias internationaux des images et informations sur ce qu’il se passe réellement en Syrie.

La classification utilisée ici pour désigner une personne comme disparue de force adhère à la définition fournie dans l'Article 2 de la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, qui définit une disparition forcée comme : « L'arrestation, la détention, l'enlèvement ou toute autre forme de privation de liberté par des agents de l'État ou par des personnes ou des groupes de personnes qui agissent avec l'autorisation, l'appui ou l'acquiescement de l'État, suivi du déni de la reconnaissance de la privation de liberté ou de la dissimulation du sort réservé à la personne disparue ou du lieu où elle se trouve, la soustrayant à la protection de la loi. » En vertu de la Convention internationale, « la pratique généralisée ou systématique de la disparition forcée constitue un crime contre l'humanité. » La définition d'une disparition forcée implique que 30 jours se sont écoulés depuis la date initiale de disparition.

FIN


Pour toute information complémentaire ou demande d’interview, veuillez contacter :

Will Davies: +44 7855 419901, will@avaaz.org ou Aldine Furio: +33 686 929 330, aldine@avaaz.org 

Des proches de personnes disparues sont joignables pour interview depuis la Syrie via Skype. Des proches en dehors de la Syrie ainsi que 2 avocats des droits humains travaillant sur des cas de disparitions forcées sont également disponibles pour des interviews de visu, par skype ou par téléphone.

Avaaz est un mouvement citoyen mondial comptant 16 millions de membreset sympathisants, qui agit pour que les opinions et les valeurs des citoyens influencent les décisions politiques mondiales. "Avaaz"signifie "voix"ou "chanson"dans de nombreuses langues. Les membres d’Avaaz vivent dans tous les pays du monde - notre équipe est répartie dans 13 pays sur 5 continents et travaille dans 16 langues. Pour découvrir certaines de nos plus grandes campagnes, cliquez ici ou suivez-noussur Facebook ou Twitter.


Notes aux rédactions

·       *pseudonyme

·       Le 28 juillet 2011, Avaaz a publié des chiffres documentant tous les cas connus de disparitions forcées certifiés entre le 15 mars 2011 et le 15 juillet 2011, avec un total de près de 3.000 cas. La montée des violences, les déplacements massifs de populations et les milliers de réfugiés fuyant vers les pays voisins ont grandement entravé la capacité de l'équipe à satisfaire le protocole de vérification d'Avaaz, si bien que l’organisation n'a pas actualisé les données de ce projet de recherche.

·       Les disparitions forcées en Syrie ont été initialement utilisées comme moyen de terreur lorsque Hafez el-Assada décrété une répression sanglante entre 1979 et 1982 ; environ 7.000 des victimes de cette répression restent à ce jour portées disparues.

·       Pendant la "guerre sale" en Argentine de 1977 à 1983, on estime à 30.000 le nombre de disparus sous la junte militaire au pouvoir. S’agissant de la guerre civile algérienne de 1992 à 1997, on parle d’au moins 17.000 disparitions forcées.

Photos: http://www.flickr.com/photos/76404246@N05/sets/72157629648855963

Film : https://docs.google.com/a/avaaz.org/open?id=0B9aCgH9FplC-dUlrVlRkRTMyTzg

Film clips : https://www.yousendit.com/dl?phi_action=app/orchestrateDownload&rurl=http%253A%252F%252Fwww.yousendit.com%252Ftransfer.php%253Faction%253Dbatch_download%2526batch_id%253DTEhXRGw5NmNwaFFFSzhUQw